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Crise bancaire au Liban : sept années d’attente et une législation qui classe les créanciers

Depuis sept ans, le Liban est au cĹ“ur d’une crise bancaire d’une ampleur inĂ©dite. En 2019, l’effondrement du système financier a entraĂ®nĂ© le gel des dĂ©pĂ´ts, plongeant des centaines de milliers de Libanais, rĂ©sidents comme membres de la diaspora, dans un dĂ©sarroi total. PrivĂ©s de leurs Ă©conomies, ils ont vu leur monnaie s’effondrer et leur pouvoir d’achat s’Ă©roder, transformant le quotidien en une lutte permanente pour accĂ©der aux besoins essentiels.

Sept ans plus tard, alors que l’Ă©conomie libanaise s’est contractĂ©e de plus de 40 %, le pays tente de se relever. Une nouvelle lĂ©gislation, surnommĂ©e la « Gap Law », est sur le point d’ĂŞtre examinĂ©e par le parlement dĂ©but 2026. Son objectif : organiser la rĂ©partition des pertes colossales entre l’État, les banques et les crĂ©anciers. Mais pour les Ă©pargnants, la question de la confiance reste la vĂ©ritable clĂ© de voĂ»te de toute reconstruction.

Le coût humain de la faillite : des vies suspendues à des comptes bloqués

Derrière les chiffres de la dette et les bilans des banques se cachent des drames personnels. L’effondrement a touchĂ© toutes les couches de la sociĂ©tĂ©, anĂ©antissant des projets de vie et des annĂ©es de labeur. Les tĂ©moignages illustrent une rĂ©alitĂ© poignante oĂą l’Ă©pargne d’une vie s’est volatilisĂ©e.

Mounir Mansour, enseignant Ă  la retraite de 68 ans, a dĂ» reprendre le travail pour subvenir Ă  ses besoins. « Nous avons travaillĂ© toute notre vie […] et, finalement, nous sommes sortis les mains vides », confie-t-il. Son pĂ©cule, destinĂ© Ă  assurer ses vieux jours, est restĂ© inaccessible pendant que la livre libanaise perdait toute sa valeur.

Leila, une ancienne employĂ©e de banque devenue gestionnaire immobilière, vit dans une angoisse permanente. « Je vis dans le stress et l’insĂ©curitĂ©. Mes dĂ©penses ont Ă©tĂ© rĂ©duites de plus de la moitié », explique-t-elle. Face Ă  des locataires incapables de payer, elle a dĂ» diviser ses loyers par deux, mettant un terme Ă  ses propres projets faute de liquiditĂ©s. Son histoire est celle de milliers de Libanais : possĂ©der de l’argent sur un compte sans pouvoir y toucher.

La diaspora libanaise, doublement pénalisée par la crise

L’onde de choc ne s’est pas arrĂŞtĂ©e aux frontières du Liban. La diaspora, qui a longtemps placĂ© sa confiance dans le système bancaire du pays, partage le mĂŞme sentiment d’injustice. Richard Abou JaoudĂ©, ingĂ©nieur, a travaillĂ© des dĂ©cennies en Arabie saoudite et au Canada avec l’objectif de revenir s’installer au pays.

Avec son Ă©pouse, il avait tout planifiĂ© : l’achat d’un appartement, la fondation d’une famille. « Quand nous sommes revenus, l’argent a Ă©tĂ© bloquĂ©. Nous Ă©tions choquĂ©s », raconte-t-il. Leurs rĂŞves se sont brisĂ©s, et leurs annĂ©es de travail ont Ă©tĂ© « rĂ©duites Ă  une ligne inaccessible sur un compte bancaire ». Aujourd’hui, le couple envisage de quitter Ă  nouveau le Liban, en utilisant les dernières Ă©conomies qu’il leur reste.

La « Gap Law » : une législation pour répartir les pertes financières

Face Ă  ce chaos, les autoritĂ©s libanaises, sous la pression des institutions internationales, travaillent sur des rĂ©formes financières. Après l’adoption de la loi de finances en janvier 2026, tous les regards sont tournĂ©s vers la « Gap Law ». Ce texte vise Ă  officialiser le « trou » financier et Ă  Ă©tablir une hiĂ©rarchie entre les crĂ©anciers pour la rĂ©partition des pertes. La gestion de cette dette abyssale est un enjeu majeur, bien Ă©loignĂ© des solutions structurĂ©es comme le rachat de crĂ©dit que l’on peut connaĂ®tre dans des systèmes financiers plus stables.

Les objectifs principaux de cette loi sont les suivants :

  • Quantifier l’Ă©cart entre les actifs et les passifs du système bancaire.
  • DĂ©finir un ordre de prioritĂ© pour le remboursement des dĂ©posants.
  • Restructurer le secteur bancaire pour assainir ses fondations.
  • RĂ©partir les pertes entre l’État, la Banque du Liban, les banques commerciales et les dĂ©posants eux-mĂŞmes.

Cependant, cette lĂ©gislation est accueillie avec beaucoup de scepticisme par les Ă©pargnants, qui craignent d’ĂŞtre les principaux perdants de cette restructuration.

« Lollars » contre « Fresh Dollars » : l’Ă©conomie Ă  deux vitesses

La crise a engendrĂ© une distinction cruciale entre deux types de dollars, crĂ©ant de facto une Ă©conomie parallèle et des inĂ©galitĂ©s flagrantes. Les « lollars » dĂ©signent les dollars dĂ©posĂ©s avant 2019, aujourd’hui bloquĂ©s et convertibles en livres libanaises Ă  des taux très dĂ©favorables. Ă€ l’inverse, les « fresh dollars » sont les devises entrĂ©es dans le pays après la crise, qui circulent librement et conservent toute leur valeur.

Cette dualitĂ© a des consĂ©quences juridiques complexes, comme le souligne Me Rimane Assaf, avocate. Elle cite le cas d’une sociĂ©tĂ© qui avait remboursĂ© un crĂ©dit en « lollars », mais dont le paiement a Ă©tĂ© refusĂ© par la justice, qui a exigĂ© un remboursement en « fresh dollars ». Une situation qui contraste fortement avec le modèle de banques mutualistes europĂ©ennes, comme le CrĂ©dit Mutuel, oĂą la confiance des clients est au cĹ“ur du système.

Caractéristique Lollar (Dollar libanais) Fresh Dollar (Dollar frais)
Origine Dépôts effectués avant octobre 2019 Dépôts en espèces ou transferts effectués après octobre 2019
Liquidité Bloqué en banque, retraits très limités et plafonnés Entièrement liquide, retirable en espèces et transférable
Valeur réelle Très inférieure à sa valeur nominale, soumis à des taux de change punitifs Conserve sa pleine valeur (1 USD = 1 USD)
Usage Principalement pour des transactions internes au système bancaire UtilisĂ© dans l’Ă©conomie de cash, pour les importations et les transactions quotidiennes

Reconstruire la confiance : le dĂ©fi majeur pour l’Ă©conomie libanaise

Au-delĂ  des rĂ©formes financières et des dĂ©bats sur la lĂ©gislation, le principal obstacle Ă  la reprise est la rupture totale de la confiance. Comme le rĂ©sume Jassem Ajaka, Ă©conomiste Ă  l’UniversitĂ© libanaise, « sans justice, il n’y aura pas de sortie ». L’Ă©conomie libanaise fonctionne dĂ©sormais majoritairement en cash, signe d’une mĂ©fiance profonde envers les banques.

Pour des millions de Libanais, le sentiment d’avoir Ă©tĂ© dĂ©possĂ©dĂ© est tenace. L’attente, qui dure depuis sept longues annĂ©es, s’est muĂ©e en une profonde lassitude. La reconstruction de l’Ă©conomie libanaise ne pourra se faire sans restaurer ce lien essentiel et sans offrir une reconnaissance juste aux crĂ©anciers qui ont tout perdu.

Qu’est-ce qu’un « lollar » ?

Un « lollar » est un terme non officiel dĂ©signant un dollar amĂ©ricain dĂ©posĂ© dans une banque libanaise avant la crise d’octobre 2019. Ces fonds sont aujourd’hui bloquĂ©s, et les dĂ©posants ne peuvent y accĂ©der que de manière très restreinte, souvent en subissant une forte dĂ©cote lors de leur conversion en livre libanaise.

Quel est l’objectif de la « Gap Law » au Liban ?

La « Gap Law », ou loi sur le trou financier, vise Ă  quantifier les pertes massives du système financier libanais et Ă  Ă©tablir un cadre lĂ©gal pour les rĂ©partir entre l’État, la Banque du Liban, les banques commerciales et les dĂ©posants. C’est une des rĂ©formes financières clĂ©s exigĂ©es par les institutions internationales.

Pourquoi la crise bancaire au Liban dure-t-elle depuis si longtemps ?

La crise perdure depuis sept annĂ©es en raison d’une combinaison de facteurs : l’ampleur de la dette publique, des blocages politiques persistants qui ont retardĂ© les rĂ©formes financières nĂ©cessaires, et la complexitĂ© de restructurer un secteur bancaire en faillite tout en protĂ©geant un minimum les dĂ©posants.

Comment la crise affecte-t-elle la diaspora libanaise ?

La diaspora est durement touchĂ©e car beaucoup de ses membres avaient placĂ© leurs Ă©conomies dans les banques libanaises, considĂ©rĂ©es comme sĂ»res. Ils se retrouvent aujourd’hui privĂ©s de l’accès Ă  leur argent, ce qui anĂ©antit leurs projets de retour, d’investissement ou de retraite au Liban.

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